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La menace

L'île de Sein, pour ce qui ne la connaissent pas, est une île située en Bretagne, au large de la Pointe du Raz. C'est un confetti de quelques 58 ha, posé à fleur d'eau : l'altitude moyenne de l'île est de 1,5 m ; son "sommet" culmine à 9 m.

L'île est aux premières loges de la montée des eaux provoquée par le dérèglement climatique dû aux émissions de gaz à effets de serre. Depuis les tempêtes de 2008, les habitants sont conscients que celle-ci ne sera pas lente, millimètres par millimètres, mais violente avec des tempêtes de plus en plus fréquentes et de plus en plus virulentes emportant à chaque fois, malgré les digues, des pans entiers du rivage de l'île.

La mobilisation

Face à cette menace, des habitants de l'île ont décidé de se mobiliser et d'agir. Car agir on peut. Y compris et surtout localement. L'île de Sein elle même n'est en effet pas un modèle de vertu écologique.

Non interconnectée (il n'y a pas de cable électrique qui la relie au continent), l'île de Sein fabrique son électricité au moyen de groupes électrogènes diesel. Chaque année plus de 420.000 litres de fioul sont ainsi brûlés dans la centrale du Grand Phare de l'île conduisant à rejeter plus de 1.220 tonnes de CO2 dans l'atmosphère. Et pourtant il y autour de Sein des ressources considérables en énergies renouvelables. L'île est battue par les vents, au milieu d'une des zones où les courants de marée sont parmi les plus importants au monde. Même si on est en Bretagne, le soleil y brille suffisamment pour pouvoir fournir une part substantielle de ses besoins.

Premiers projets

Il n'a pas fallu attendre 2008 pour que les Senans s'interrogent sur les moyens de remplacer les groupes électrogènes par "autre chose". 
  • En 1998, une étude menée par CEGELEC montre que 50% de l'électricité pourrait être produite par des énergies renouvelables et ce pour moins cher qu'avec du fioul. 
  • En 2003, le "Schéma directeur énergétique de Sein" - étude très complète réalisée par le bureau Transénergie - va plus loin encore et montre qu'on peut aller jusque 75% de renouvelable. 
Mais pourtant, rien ne se passe. EDF qui a, de part la loi, le monopole de la production et de la distribution d'électricité pour les zones non interconnectées (ZNI) ne cherche même pas à "verdir" un peu la production d'électricité.

Des habitants ont bien tenté de se regrouper pour financer des moyens de production alternatifs. Mais avertis de l'exemple de St-Pierre et Miquelon, ils ont vite compris que la seule solution pour avoir un projet viable financièrement, c'était de reprendre en main la gestion du réseau de distribution de l'île.

Le projet IDSE

C'est précisément dans ce but que des habitants de l'île se sont mobilisé et ont lancé un projet écocitoyen qui vise à rendre l'île autonome énergétiquement grâce aux énergies renouvelables dont elle dispose. Pour ce faire, ils ont créé en 2013 la société IDSE (île de Sein énergies) qui a vocation à se substituer à EDF pour la production d'électricité et la gestion du réseau de l'île. 

Plus de 40 habitants décident de devenir actionnaires. Cela représente une mobilisation citoyenne remarquable pour une île que ne compte qu'environ 150 résidents permanents. Les habitants représentent 66% de l'ensemble des actionnaires de la société. Les statuts précisent en outre que les décisions doivent recueillir la majorité des voix des associés ainsi que la majorité des voix des habitants (une voix étant attribuée à chaque associé).

La bataille législative

Créer une société, présenter un projet viable tant sur le plan technique qu'économique ne suffit cependant pas. Encore faut-il disposer d'un cadre législatif qui permette d'agir.

En France, les réseaux publics (eaux, électricité,...) appartiennent aux communes. Celles-ci en délèguent le plus souvent la gestion à des entreprise privées avec lesquelles elles signent des contrats de délégation de service public. Pour les réseaux de distribution d'eau potable, ces contrats sont signés pour une durée déterminée et les communes ont la possibilité ont donc régulièrement la possibilité de mettre en concurrence différents concessionnaires voire même, si aucune offre ne lui convient, de reprendre elle-même la gestion de son système d'eau potable.

Pour l'électricité en revanche, une fois le service public délégué à EDF (plus précisément à sa filiale "réseaux" ErDF) il n'existe plus de possibilité de retour en arrière. Pour les ZNI comme Sein, c'est même pire puisque l'article 111-52 du code de l'énergie donne à l'entreprise EDF le monopole de la gestion des réseaux publics.

Dans le cadre de la Loi sur la Transition Energétique débattue au printemps 2015, un amendement a été déposé pour permettre, pour les îles de moins de 2000 habitants, la désignation d'un autre opérateur. Cet amendement n'a finalement pas été retenu.

Et maintenant ? 

La bataille pour une Île de Sein 100% renouvelable continue. Nous continuons d'exiger, pour alimenter en électricité les îles non interconnectées de métropole, le droit d'exploiter les ressources d'énergies renouvelables locales.

Si ce n'est pas dans un cadre législatif qui s'appliquerait à toutes ces îles, qu'on accorde au moins aux habitants de celles qui le souhaitent et à ceux de Sein en particulier, une dérogation pour leur permettre d'expérimenter un autre modèle de production et de gestion de l'électricité que celui 100% fioul imposé par EDF

Pour que, ce que les lois de la physique permettent (il y a les ressources nécessaires en énergie renouvelables sur et autour de Sein), ce que les lois de l'économie devraient imposer (ces ressources reviennent moins cher pour produire de l'électricité que la solution au fioul actuelle), puisse enfin être mis concrètement en œuvre sur au moins un territoire en France.

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